Valérie Pécresse est-elle une copieuse?
« 9/10e des propositions que Valérie Pécresse fait, ce sont des propositions que nous mettons déjà en œuvre »: lors de la présentation de la liste PS à Paris pour les régionales, l’actuel président du conseil régional accuse la tête de liste UMP de copier sur lui…
Selon Jean-Paul Huchon, la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, serait tellement peu au fait des dossiers régionaux que son programme reprendrait des politiques du PS, déjà appliquées.
Nous avons repris les « 10 engagements » de la chef de file de l’UMP pour ces régionales et avons vérifié si oui ou non, Valérie Pécresse copie sur le PS. Nous avons aussi demandé à Jean-Luc Romero, 4e sur la liste socialiste à Paris, de commenter ces engagements.
1- « Un plan d’urgence « qualité service »: ponctualité, confort, sécurité sur toutes les lignes d’Ile-de-France: priorité au RER A, B, C, D, ligne 13, renouvellement des rames de train. »
A moitié copieuse: « Un plan qualité-service pour les transports, ce n’est pas seulement une proposition de Valérie Pécresse, c’est dans tous les programmes! Qui ne souhaite pas ça? », s’exclame Jean-Luc Romero, actuel conseiller régional en Ile-de-France, dans le groupe des Radicaux de Gauche, affilié au PS. Ligne 13 surchargée, manque de ponctualité des RER… On ne peut pas dire que la proposition soit déjà « mise en œuvre » par la région, mais selon Jean-Luc Romero, le groupe PS y travaille: « 18 milliards d’euros d’investissements dans les transports sont déjà prévus. »
2- « Des gares « multiservices » rénovées avec des parkings sécurisés, des commerces ouverts tôt le matin et tard le soir, un point wi-fi, des points relais pour les formalités administratives et des crèches ou des maisons d’assistantes maternelles à proximité. »
A moitié copieuse: Selon Jean-Luc Romero, « Valérie Pécresse invente ce qui est déjà fait par la région. Il y a seulement cette histoire de crèche à proximité des gares qui n’est pas prévue, mais je ne crois pas que ce soit le mieux pour les enfants, d’être déposés en toute vitesse avant de prendre le RER. »
3- « De la vidéoprotection directement reliée à la police des transports dans les gares, les bus et la première rame de chaque train. »
Copieuse, Bertand Delanoë le fait déjà: Il existe déjà 9500 caméras dans les réseaux de transports RATP et SNCF, et la mairie de Paris a prévu d’en ajouter 1200 sur la voie publique, dans le courant 2010-2011. Le PS emploie aussi le terme de « vidéoprotection », plus rassurant que « vidéosurveillance ».
4- « A partir de 21h, la possibilité de faire arrêter les bus à la demande tout au long du trajet. »
Du nouveau: C’est vrai, cette mesure n’est pas mise en oeuvre actuellement et le groupe PS n’y tient pas. Selon Jean-Luc Romero, « la mesure serait difficile à mettre en oeuvre, on ne peut pas arrêter les bus toutes les deux minutes. Ca mettra à mal leur régularité, alors que la ponctualité des transports est un autre des engagements de Valérie Pécresse! » En tout cas, la campagne ne risque pas de se jouer sur cet engagement précis. Sur l’offre de transport la nuit, peut-être davantage: Jean-Paul Huchon propose que le service des métro et RER commence à 4h du matin tous les jours au lieu de 5h et qu’ils fonctionnent toute la nuit du samedi au dimanche.
5- « Passer de 6 zones à 2 avec un pass Navigo intelligent qui gère automatiquement les changements de zone et calcule le tarif le plus avantageux; un pass Navigo ouvert à tous avec des forfaits de 10, 20 et 50 euros débités trajet après trajet; des abonnements souples qui peuvent commencer n’importe quel jour du mois. »
Du nouveau: « Passer de 6 zones à 2 ne fait pas partie du programme d’Huchon. Sous son précédent mandat, on est déjà passé de 8 à 6, justifie Jean-Luc Romero. Une réduction globale du prix du pass Navigo n’est pas non plus dans les intentions du PS. Huchon ne veut pas faire de la démagogie, il préfère baisser le tarif pour les catégories les plus défavorisées, comme les bénéficiaires du RSA, ou accorder la carte imagine’R à tous les moins de 26 ans, même salariés. »
6- « Avec le Grand Paris: un double métro circulaire automatique en petite et grande couronnes, la « double boucle », qui reliera trente gares de banlieue sans passer par Paris. »
Recyclage des projets du gouvernement: Le Grand Paris est un projet du gouvernement, auquel Valérie Pécresse appartient. Le groupe PS s’oppose à cette idée de « grand huit », prévu pour faciliter les déplacements de banlieue en banlieue. Selon lui, ça ne sert à rien de « relier les champs de patates entre eux ». Il défend un projet de rocade ferrée en banlieue, Arc Express, « qui lie des zones très peuplées, très denses, entre elles », selon Jean-Luc Romero.
7- « Vingt-et-un nouveaux investissements afin de mieux desservir les petite et grande couronnes. »
?: La proposition est trop vague pour savoir si elle comprend de nouveaux engagements.
8- « Sur les 81 tronçons des grands axes routiers assez larges pour cela, créer dès maintenant une voie supplémentaire sans supprimer la bande d’arrêt d’urgence. Elle sera réservée à un nouveau réseau de bus rapides et propres, au taxi et au covoiturage. »
Du nouveau… pour le département: La gestion des « grands axes routiers » d’Ile-de-France est du ressort du département, c’est-à-dire du conseil général et non du conseil régional.
9- « Le développement de minibus à la demande en zone rurale et dans les quartiers. »
Copieuse: Selon Jean-Luc Romero, « la région le fait déjà, et s’engage à développer encore plus cette offre dans les années à venir. »
10- « Délester nos routes des poids lourds en triplant le transport fluvial de marchandise (500 000 tonnes). »
Copieuse: « La région n’a pas attendu la campagne pour développer le transport fluvial de marchandise. Le canal Seine-Nord Europe est un projet de longue date, et la région a prévu d’y participer à hauteur de 200 millions d’euros » note Jean-Luc Romero. Mais le coût du canal-Nord Europe est estimé à 4 milliards d’euros. L’Union Européenne, l’Etat et les collectivités locales participeront au financement. La région Ile-de-France est loin d’être la principale source financière du projet.
Résultat: Jean-Paul Huchon exagère. Après vérification, il semble que « seulement » la moitié des engagements de Valérie Pécresse soient inspirés de ce qui est déjà fait par la région.
Rozenn Le Saint
-
pierrecourthaliac





